Note

ai-PULSE 2026 : ce que j'ai retenu de la journée

Compte rendu de la conférence IA de Scaleway à Station F : la keynote d'ouverture, la souveraineté, l'économie de l'inférence, l'identité des agents. Avec les renvois vers les sujets détaillés.

ai-PULSE 2026 · 13 octobre 2026 · Station F, Paris · ai-pulse.eu
Fabien Brousse, badge au cou, devant le panneau ai-PULSE

ai-PULSE, la conférence IA de Scaleway, s’est tenue le 13 octobre 2026 à Station F. Une journée, une scène principale au milieu de la halle, et un fil rouge assumé : la souveraineté européenne.

J’y allais avec deux questions. Qu’est-ce qui se fait en France et en Europe sur l’IA souveraine ? Et comment les équipes de développement logiciel passent à l’échelle avec l’IA ? En arrière-plan, une troisième : qu’est-ce qui est réutilisable pour un produit de cybersécurité qui s’appuie sur des agents.

L’arrivée

L'entrée de Station F vue depuis la file d'attente
Depuis la file d'attente, à l'entrée.

Je suis venu le matin même en train. Station F est à une trentaine de minutes de la gare du Nord. Il y avait la queue pour entrer : j’ai commencé à suivre la keynote en direct sur mon téléphone, dans la file.

Le lieu vaut le détour. Station F occupe la halle Freyssinet, construite à la fin des années 1920 pour le fret ferroviaire de la gare d’Austerlitz. Xavier Niel, fondateur d’iliad, la maison mère de Scaleway, en a fait un campus de start-ups, ouvert en 2017.

Ça m’a rappelé EuraTechnologies, à Lille : la même idée d’installer le numérique dans un bâtiment industriel reconverti. Là-bas, c’est l’ancienne filature de coton Le Blan-Lafont, ouverte en 2009.

Station F
La halle pendant ai-PULSE, avec les stands Mistral AI, OpenAI et AMD sur la mezzanine
La halle, avec les stands sur la mezzanine.

La keynote d’ouverture

Deux heures, en replay sur YouTube. Quatre blocs : l’IA open source, le matériel et l’infrastructure, l’IA pour la science, puis l’IA physique et la robotique. Le tout rythmé par les trois thèmes de la journée, présentés comme trois touches de clavier : ENTER, SHIFT, CTRL. Le dernier, garder la main sur qui opère le modèle, où vont les données, ce à quoi un agent accède, a porté les annonces.

Premier chiffre, donné par Scaleway : la consommation de services IA sur sa plateforme a été multipliée par 30 en douze mois.

Open weight, et tout ce qui entoure le modèle

On a beaucoup parlé de modèles ouverts et de poids ouverts. Le premier intervenant, Raffi Krikorian, CTO de Mozilla, a montré que le modèle n’est plus le problème. L’écart entre modèles ouverts et fermés tourne autour de 3 %. Ce qui bloque, c’est tout ce qu’il faut autour pour exploiter un modèle : évaluations, observabilité, astreinte, conformité, audit. Avec un fournisseur fermé, une carte bancaire suffit.

Cet outillage commence à arriver en open source pour rendre tout ça moins difficile. Il cite OpenCode, Goose, OpenHands, et Thunderbolt, le client IA open source de Mozilla qu’on héberge soi-même. Il travaille chez Mozilla, il prêche donc pour sa paroisse. Mais son chiffre parle : sur TerminalBench, à modèle identique, changer de harness fait gagner 22 % sur des tâches de code.

Mistral est ensuite venu présenter Le Chonk, son nouveau grand modèle, dont les poids sont annoncés pour fin octobre. La directrice générale d’Alibaba Europe a parlé de Qwen, avec le même argumentaire en faveur des poids ouverts.

Les annonces de Scaleway

De nouvelles régions. Milan passe en production avec ses deuxième et troisième zones de disponibilité. Stockholm et Francfort suivront en 2027, avec trois zones chacune. Pour un hébergeur ou un éditeur, c’est plus de choix pour localiser les données d’un client sans sortir de l’Union européenne.

Des GPU en Europe. Scaleway ouvre des zones GPU dédiées : des milliers de Nvidia B300 à Copenhague, et en Suède un supercalculateur de 696 AMD Instinct MI355X. Avec Paris, ça fait trois zones. C’est la tentative la plus concrète de la journée pour rattraper le retard de capacité de calcul en Europe. Le partenariat avec AMD apporte aussi une alternative au tout-Nvidia.

La souveraineté, avec ses limites. Damien Lucas, le CEO de Scaleway, l’a dit lui-même : les services de Scaleway ne tournent pas sur du matériel européen. D’où un partenariat avec VSORA, une start-up française, pour de l’inférence sur des puces européennes. Pour l’instant, la souveraineté porte sur l’endroit où tourne le calcul et sur qui l’opère, pas sur le silicium.

Trois nouveaux modèles. GLM 5.3 de Z.ai, DeepSeek V4.1 Flash, qui comprend maintenant les images, et LightOn OCR 3, un modèle de reconnaissance de caractères du Français LightOn. Ils rejoignent plus de 40 modèles au catalogue. Deux modèles chinois et un français, servis depuis l’Europe : l’origine du modèle compte moins que l’endroit où il tourne.

Deux sujets plus prospectifs. Qall, un SDK open source qui orchestre un même workflow sur CPU, GPU et processeurs quantiques. Et un partenariat avec Alatyr pour étudier des datacenters dans l’espace.

→ Souveraineté et modèles ouverts : le fil rouge d’ai-PULSE 2026

L’IA en biologie

C’est la partie que j’ai préférée. Deux start-ups, deux échelles du vivant.

Bioptimus entraîne des modèles de fondation sur des données biologiques plutôt que sur du texte. Un exemple : l’image d’une biopsie de cancer. Elle tient sur une lame de microscope, mais pèse une trentaine de gigaoctets une fois numérisée. Le modèle en tire une représentation du patient, qui sert à prédire la réponse à un traitement ou à évaluer la gravité de la tumeur. Les données viennent d’hôpitaux partenaires, donc de patients réels.

Living Models travaille sur le génome, en commençant par les plantes, parce qu’une découverte y arrive plus vite sur le marché. Leur exemple : un virus de la tomate, sans solution à ce jour. En laboratoire, trouver la partie du génome qui rend une plante résistante prend en moyenne dix ans. Leur modèle donne une réponse rapide et fait gagner des années d’essais au champ. Tout est publié en open source et en open weight.

Hors de mon périmètre, mais c’est l’illustration la plus parlante de l’argument souveraineté : des données qu’on n’envoie nulle part.

La matinée s’est terminée sur l’IA physique et la robotique, avec des chercheurs de Tübingen et de l’Inria.

L’économie de l’inférence

AMD a fait la démonstration la plus concrète de la journée : combien rapporte un GPU qui sert un modèle open weight, et à quelles conditions. Avec un chiffre qui dérange : selon AMD, sur certains points de fonctionnement, des systèmes parmi les plus chers du marché tournent à perte.

Nokia est arrivé par un autre bout, le réseau. La capacité à utiliser les GPU disponibles dépend de la vitesse du réseau. Leur réponse : de la fibre partout, du silicium du switch jusqu’au plus près de l’endpoint, en passant par le rack et la baie. Le cuivre ne tient plus.

→ L’économie de l’inférence : pourquoi le GPU n’est pas le sujet

L’identité des agents

Zalando a montré comment on fait tourner des agents sur 2 700 microservices sans distribuer de secrets partout. Leur réponse est open source et s’appuie sur la RFC 8693.

Mais ce qui m’a le plus intéressé, c’est l’ingénierie autour. L’IA est intégrée à leur façon de fabriquer du logiciel, avec une gouvernance explicite : un Tech Radar qui dit quels outils et quels modèles sont autorisés, et une revue juridique alignée sur la régulation européenne. Avec, au passage, des mesures sur ce que l’IA fait à la taille des pull requests.

Zalando en chiffres

→ L’identité des agents, un terrain encore vide

Et aussi

Fujitsu travaille le nano computing pour absorber les charges agentiques en edge datacenter : rapprocher le calcul de la donnée plutôt que tout faire remonter vers une plaque centrale.

La Master Stage au milieu de la halle

Le déjeuner se prenait dans la halle aux wagons, entre deux anciennes voitures de train reconverties. Un clin d’œil au passé ferroviaire du bâtiment.

Le déjeuner dans la halle aux wagons

Je suis reparti avec quelques stickers. Les slogans résument assez bien la journée : « Don’t send your data to strangers », « Race AI on European GPUs », « Cache in, don’t cash out » côté Scaleway, et « Trust your Instincts » côté AMD.

Les stickers rapportés d’ai-PULSE

Ce que j’en retiens, en une phrase

Les modèles ne sont plus le sujet. Ce qui différencie, c’est ce qu’on met autour : l’outillage, l’identité, l’orchestration, et la capacité à changer de fournisseur sans tout réécrire. C’est aussi, accessoirement, la seule couche où l’Europe peut encore jouer.